Jannah Theme License is not validated, Go to the theme options page to validate the license, You need a single license for each domain name.
Opinion

Peut-on bâtir un système auquel on n’y croit pas ?

En Afrique, une question fondamentale mérite d’être posée sans détour : peut-on construire un État efficace lorsque ceux qui le dirigent ne croient pas aux systèmes publics qu’ils sont chargés de bâtir ? Derrière cette interrogation se cache une réalité largement partagée par les citoyens, mais rarement assumée par les élites politiques.

Dans presque tous les secteurs publics, le même paradoxe s’impose. Les dirigeants tiennent des discours ambitieux sur la réforme, la souveraineté et le développement, mais dans la pratique, ils se tiennent à distance des services publics qu’ils administrent. Cette contradiction nourrit un sentiment profond de démagogie et d’hypocrisie institutionnelle.

L’éducation en est l’exemple le plus visible. Les autorités promettent des écoles de qualité, des universités compétitives et une égalité des chances. Pourtant, les enfants de ministres, de parlementaires et de hauts cadres sont très rarement inscrits dans les écoles publiques nationales. Ils étudient à l’étranger ou dans des établissements privés hors de portée de la majorité. Comment croire à une réforme éducative lorsque ceux qui la portent refusent d’y exposer leurs propres enfants ?

La santé publique offre un tableau tout aussi révélateur. Les discours officiels vantent la modernisation des hôpitaux et l’amélioration de l’accès aux soins. Mais dès qu’il s’agit de leur propre santé, de nombreux responsables se tournent vers l’étranger, parfois pour des soins de routine. Ce comportement discrédite l’action publique et envoie un message brutal à la population : le système de santé local n’est pas fiable, même pour ceux qui le dirigent.

Ce manque de confiance s’étend également aux services administratifs, à la justice et à la sécurité. Combien de responsables politiques acceptent réellement de se soumettre aux mêmes procédures administratives que les citoyens ordinaires ? Combien font confiance aux tribunaux de leur pays pour régler leurs litiges ? Trop souvent, les élites contournent les institutions nationales, révélant ainsi leur propre scepticisme quant à leur efficacité et à leur impartialité.

Les infrastructures publiques, notamment les routes, les transports et les logements sociaux, n’échappent pas à cette logique. On inaugure des projets à grand renfort de communication, mais on évite ensuite de les utiliser au quotidien. Là encore, la mise en scène politique remplace l’engagement réel.

Même la culture, pourtant présentée comme un levier de souveraineté et d’identité, est traitée avec distance. Les responsables chargés de la promouvoir vivent souvent en rupture avec les langues, les traditions et les réalités locales. Leurs enfants grandissent déconnectés des cultures nationales, tandis que le discours officiel continue de vanter l’authenticité africaine.

Au final, cette attitude traduit une crise morale et politique profonde. On ne peut pas bâtir un État solide sur la démagogie. On ne peut pas exiger des citoyens qu’ils croient en des systèmes que les dirigeants eux-mêmes évitent. La reconstruction de la confiance passe par l’exemplarité, la cohérence et l’alignement entre le discours et les actes. Sans cela, les politiques publiques resteront des promesses creuses, et l’État, une façade sans fondations solides.

 Abdoulaye DABO

Bouton retour en haut de la page