Justice : le Centre de Formation Judiciaire lance l’Action « Demand-Driven Facility » pour renforcer les capacités des acteurs de la chaîne pénale
Le Centre de Formation Judiciaire (CFJ) a lancé, ce mardi 11 août 2026, l’atelier de lancement de l’assistance technique « Demand-Driven Facility » (DDF) et de restitution de l’évaluation des besoins en renforcement des capacités des acteurs de la chaîne pénale en Guinée. Prévu du 11 au 13 août, l’atelier réunit une cinquantaine de participants issus des principales institutions de la chaîne pénale guinéenne. La cérémonie d’ouverture a été présidée par Irène Marie Hadjimalis, Secrétaire générale du ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, représentant le Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara.

Financée par l’Union européenne, avec la contribution financière du ministère danois des Affaires étrangères, cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet « Soutien à la libre circulation et à la migration en Afrique de l’Ouest » (FMM Afrique de l’Ouest II), mis en œuvre avec l’appui de l’ICMPD. L’objectif général de cet atelier est de procéder au lancement officiel de l’Action DDF du CFJ et de valider les résultats de l’évaluation de référence (« Baseline »). Celle-ci doit permettre d’orienter les actions de renforcement des capacités du Centre de Formation Judiciaire et des acteurs de la chaîne pénale, tout en favorisant une compréhension commune des enjeux et une mise en œuvre concertée, efficace et axée sur des résultats durables.

Durant trois jours, les participants échangeront notamment sur la présentation de l’ICMPD, du projet FMM Afrique de l’Ouest II et du DDF, ainsi que sur les résultats préliminaires de l’évaluation de l’Action DDF du CFJ. Dans son discours, le Directeur général du Centre de Formation Judiciaire, Alahassane Naby Camara, a insisté sur la nécessité d’adapter la formation des professionnels de la justice aux mutations de la criminalité.

« Le Centre de Formation Judiciaire a pour vocation de préparer les futurs magistrats et greffiers, mais également de contribuer au perfectionnement continu de l’ensemble des acteurs qui concourent à l’administration de la justice. À ce titre, dans un contexte marqué par l’évolution rapide des formes de criminalité organisée transnationale, traite des êtres humains, trafic illicite de migrants, blanchiment de capitaux, financement du terrorisme et cybercriminalité, il est devenu indispensable d’adapter nos méthodes de formation afin d’apporter des réponses judiciaires plus efficaces et conformes aux standards internationaux. C’est précisément dans cette perspective que s’inscrit l’Assistance Technique Demand-Driven Facility. Cette action repose sur une démarche résolument innovante : partir des besoins réels exprimés par les institutions nationales afin de concevoir des réponses adaptées, durables et orientées vers les résultats. »
Poursuivant son intervention, il a souligné que l’évaluation menée ces derniers mois a permis de mettre en lumière les principales difficultés auxquelles sont confrontés les professionnels de la chaîne pénale.
Prenant la parole au nom de l’Union européenne, Paulo Barroso Simões, chef de la Section Politique, Presse et Information à la Délégation de l’Union européenne en Guinée, a rappelé l’importance de cette assistance technique dans le renforcement des capacités des acteurs de la chaîne pénale.
« Au nom de l’Union européenne, je suis heureux de me joindre à vous à l’occasion du lancement de l’Action Facilité Axée sur la Demande (Demand-Driven Facility – DDF) en faveur du Centre de Formation Judiciaire pour la formation des acteurs de la chaîne pénale de Guinée, engagée pleinement dans la lutte contre la traite des personnes et le trafic illicite des migrants sur l’étendue nationale. Ainsi que de la restitution de l’évaluation sur les besoins réels des publics cibles pour l’atteinte des objectifs visés par cette assistance technique. Cet atelier s’inscrit dans le cadre du projet « Soutien à la libre circulation et à la migration en Afrique de l’Ouest » (FMM Afrique de l’Ouest phase 2). Financé par l’Union européenne avec la contribution du ministère danois des Affaires étrangères, le projet FMM s’étend sur cinq ans et vise à optimiser le potentiel de développement de la libre circulation des personnes et de la migration en Afrique de l’Ouest. »
Selon lui, la situation migratoire de la sous-région appelle une réponse coordonnée, notamment face aux risques liés à la traite des personnes et au trafic illicite de migrants.

« 80 % des migrants en Afrique de l’Ouest circulent au sein de la région de la CEDEAO, caractérisée par des flux migratoires mixtes, comprenant notamment des réfugiés fuyant les conflits, des victimes de la traite, des migrants induits par le changement climatique et des personnes à la recherche de meilleures opportunités économiques. C’est pourquoi la mise en œuvre effective du protocole de la CEDEAO sur la libre circulation est essentielle à l’intégration régionale et au développement économique de la région. La Guinée étant autant un pays de départ, de transit et de destination ce qui peut favoriser une recrudescence des cas liés à la traite des êtres humains, notamment au travers du phénomène de « confiage » et de mendicité pour autrui. Il est donc essentiel de promouvoir une gouvernance des migrations à la fois efficace, coordonnée, humaine et respectueuse des droits fondamentaux. D’où l’importance de cette Action Facilité Axée sur la Demande (DDF) au bénéfice du Centre de Formation Judiciaire et des acteurs d’application de la loi pour une meilleure qualification des faits, pour plus de poursuites des trafiquants et pour une protection holistique des victimes pour éviter leur revictimisation. »
Paulo Barroso Simões a également réaffirmé l’engagement de l’Union européenne en faveur d’une mobilité humaine encadrée et respectueuse des droits fondamentaux.
Représentant le Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, la Secrétaire générale du département, Irène Marie Hadjimalis, a inscrit cette initiative dans la dynamique des réformes engagées par les autorités guinéennes.
« Cette rencontre constitue une des importantes étapes de la mise en œuvre de la vision du Gouvernement sous le leadership de Monsieur Mamadi DOUMBOUYA Président de la République et Président du Conseil supérieur de la magistrature : Celle qui vise à bâtir une justice plus performante, plus professionnelle, plus accessible et davantage adaptée aux défis contemporains. En effet, depuis son accession à la magistrature suprême, Monsieur le Président de la République n’a cessé d’affirmer que la justice constitue l’un des piliers essentiels de la gouvernance, de la paix sociale et du développement durable. Sous son impulsion, d’importantes réformes institutionnelles ont été engagées afin de renforcer l’indépendance de la justice, de moderniser les institutions judiciaires et d’améliorer les conditions de travail des acteurs judiciaires. Le tout sous la coordination de Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement. La création du Centre de Formation Judiciaire en tant qu’établissement public administratif autonome s’inscrit pleinement dans cette dynamique de transformation profonde de notre système judiciaire. Cette rencontre est aussi une preuve de la qualité du partenariat qui unit la République de Guinée à l’Union européenne, au Royaume du Danemark, à l’ICMPD ainsi qu’à l’ensemble des partenaires techniques et financiers qui accompagnent notre pays dans la consolidation de l’État de droit. »
Pour la Secrétaire générale, le renforcement de l’État de droit passe nécessairement par l’investissement dans les compétences des professionnels de la justice.
« Le renforcement de l’État de droit ne peut être envisagé sans un investissement durable dans le capital humain. La qualité de la justice dépend avant tout de la compétence, de l’intégrité et du professionnalisme des femmes et des hommes qui la rendent et qui concourent quotidiennement à son fonctionnement. Former les magistrats, les greffiers, les officiers de police judiciaire et l’ensemble des acteurs de la chaîne pénale constitue donc un impératif stratégique. À cet égard, le Centre de Formation Judiciaire occupe une place centrale dans notre dispositif institutionnel. Chargé de la formation initiale et continue des professionnels de la justice, il constitue un levier essentiel pour l’amélioration de la qualité du service public de la justice et pour le renforcement de la confiance des citoyens envers l’institution judiciaire. Cependant, chacun le sait, les défis auxquels nous sommes confrontés demeurent nombreux. La criminalité évolue rapidement. Les phénomènes liés à la migration irrégulière, à la traite des êtres humains, au trafic illicite de migrants, à la criminalité organisée et aux nouvelles formes de délinquance transnationale exigent des réponses judiciaires toujours plus spécialisées, plus coordonnées et plus efficaces. Pour y faire face, nous devons disposer d’institutions fortes et de professionnels hautement qualifiés. C’est précisément tout le sens de l’Action Demand-Driven Facility (DDF) qui nous réunit aujourd’hui. »
Pour elle, les trois jours de travaux devront permettre de transformer les conclusions de l’évaluation en actions concrètes.

« L’atelier qui s’ouvre aujourd’hui constitue bien plus qu’une cérémonie protocolaire. Il représente un cadre privilégié de concertation entre les institutions nationales, les partenaires techniques et financiers ainsi que l’ensemble des professionnels de la justice. Pendant ces trois journées, vous serez appelés à analyser les conclusions de l’évaluation de référence, à les enrichir de vos expériences respectives, à identifier les priorités d’action et à adopter une feuille de route qui guidera la mise en œuvre de cette Action au cours des dix-huit prochains mois. Je suis convaincu que les échanges qui auront lieu permettront de dégager des solutions concrètes, réalistes et adaptées aux besoins de notre système judiciaire. Notre ambition est claire : faire du Centre de Formation Judiciaire une institution d’excellence, reconnue pour la qualité de ses enseignements, son ouverture sur les meilleures pratiques internationales et sa capacité à accompagner les réformes de la justice guinéenne. »
Enfin, Irène Marie Hadjimalis a réaffirmé la volonté du Gouvernement guinéen de poursuivre sa coopération avec les partenaires engagés dans les domaines de la justice, des droits humains et de la lutte contre la criminalité transnationale.
Au terme de ces trois journées d’échanges, les participants devront ainsi dégager des recommandations concrètes et adopter une feuille de route destinée à orienter la mise en œuvre de l’Action DDF au cours des dix-huit prochains mois. Au-delà du renforcement des compétences individuelles, l’initiative ambitionne de consolider les capacités institutionnelles du Centre de Formation Judiciaire, d’améliorer les outils pédagogiques, de développer un réseau de formateurs spécialisés et de renforcer la coopération entre les différentes composantes de la chaîne pénale.

À travers cette action soutenue par l’Union européenne et le Royaume du Danemark, la Guinée entend ainsi mieux adapter son système de formation judiciaire aux nouveaux défis de la criminalité transnationale, notamment la traite des êtres humains et le trafic illicite de migrants. L’enjeu est désormais de transformer les résultats de l’évaluation en mesures concrètes et durables, afin de contribuer à l’émergence d’une justice plus professionnelle, plus efficace et davantage au service des citoyens.
Par Rama Fils, pour Lerenifleur224.com